NOTRE ALEXANDRE DUMAS

     Au deuxième Bureau opérationnel de ce Sous-secteur  militaire des hauts plateaux du Sud Algérien, nous engrangions des informations provenant de toutes sortes de sources, allant de l’honorable correspondant occupant un poste d’autorité en prise avec la population, notamment musulmane, jusqu’au simple agent occasionnel attaché à ce que nos valeurs deviennent pérennes sous l’égide de la France. Comme nous devions l’apprendre à nos dépens, la qualité du renseignement, passant d’individu à individu, subissait  un enrichissement proprement romanesque et devenait  d’une exploitation aléatoire. Aussi lorsqu’il nous était donné, par exception, d’avoir un témoin crédible rapportant des actions ou des propos susceptibles de nous permettre d’initier sur des assises solides une opération qui porterait  un coup décisif à l’Organisation ennemie, nous vivions des moments d’excitation et de tension. Une certaine ferveur gagnait alors  les couloirs de l’Etat-major, où les jeunes officiers en mal de gloire  fourbissaient leurs armes, attendant que nous leur fournissions les  renseignements opérationnels qui les mèneraient dans l’hamada ou les djebels  à la tête de leurs unités. Pour comprendre  cette exaltation il faut rappeler que nous étions alors dans les débuts de 1958, et qu’aucun doute ne traversait encore l’esprit de ceux qui luttaient contre la « rébellion » dans la certitude d’accomplir le devoir, sans trouble de conscience

Il arriva donc qu’un jour de marché, alors qu’une population nombreuse, essentiellement indigène, s’entremêlait  dans  un lent tourbillon humain, d’où s’élevaient par de hauts parleurs nasillards   les derniers succès arabes, chantés par les vedettes essentiellement égyptiennes, un « informateur »se présenta à l’interprète de notre Service déclarant qu’il venait d’être le témoin au marché  d’un dialogue entre deux musulmans qui échangeaient des informations d’importance sur l’organisation politico administrative locale de l’ennemi.

Ces informations, de première main, mobilisèrent le pool de renseignement auquel, nous S.T., nous trouvions intégrés de fait, jouissant du statut des officiers mais jouant, pour marquer notre indépendance, du mystère qui entourait notre fonction d’antenne d’un Service dont la vocation était de lutter contre l’ingérence étrangère

Le capitaine en charge  du 2éme Bureau opérationnel reçut l’informateur, sur les indications  duquel les deux suspects furent arrêtés . Cet agent occasionnel, qui ne voulait pas apparaître comme un vulgaire délateur, ce qui eut exposé sa vie, fut placé en sorte qu’il pouvait voir les deux comploteurs sans être vu d’eux. Alors, les désignant alternativement il leur attribua des  propos qui établissaient qu’ils étaient en relation avec des chefs rebelles qui transitaient dans les environs, et qu’ils  préparaient des évènements graves dont une attaque imminente de la redoute, siège du Sous-Secteur.

Au fur et à mesure des révélations, traduites fidèlement par notre interprète , je pouvais lire sur le visage de notre capitaine un intérêt grandissant, et je devinais qu’il voyait poindre là cette dernière citation qui, jointe à celles obtenues dans des faits de guerre qui lui avaient valu une grave blessure en Indochine, le ferait accéder à la « rosette ».

Il était midi lorsque nous jugeâmes opportun de suspendre le débit de notre source, pour aller nous restaurer au mess et revenir sans trop tarder pour recueillir, de notre agent  mis en perce, ces informations dont chacun sait qu’elles ne se servent que chaudes, « comme les profiteroles » disait un vieux collègue.

A notre retour l’informateur dûment restauré regagna  sa place, camouflé comme un chasseur à l’affût, et reprit ses imputations verbales désignant l’un ou l’autre des deux individus à sa vue.

Le capitaine, dont la physionomie trahissait maintenant  quelques doutes, observa plus attentivement les deux suspects et, se tournant vers moi en réprimant un  sourire, ses yeux bleus pétillant de malice, il me dit simplement « je crois que vous avez fait appel aux doublures !»

Effectivement j’avais durant le repas fait substituer à nos deux suspects deux autres détenus, ce qui n’avait en rien troublé  notre informateur qui continuait à mettre dans leurs bouches de quoi les faire embastiller .

Notre capitaine qui venait de réaliser que nous avions affaire à un « mytho »voulu en savoir plus sur le personnage et me demanda qui était cet individu dont le physique ingrat de gnome justifiait en partie sa haine de ses semblables. Je lui répondis, avec un rien de moquerie, comme le permettait nos bons rapports : « c’est l’Alexandre DUMAS local » …le surnom lui resta.

Alfred MARMUS

LE MANUEL DE XEFOLIUS

                                    Il est commun de dire que l’on ne rencontre personne indûment, et les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé en possession de ce livre rarissime tendraient à donner quelque fondement à cet adage.

                                    C’est parce que dans l’exercice de mes fonctions profanes, j’ai montré un jour une compréhension qui a préservé la réputation d’un homme, que celui-ci a cru devoir me récompenser en m’offrant ce livre , ajoutant qu’il me savait « en mesure d’en apprécier le contenu ».

                                    Je crois que je pourrais en dire autant de mes FF. ., car ce Manuel de Xéfolius , paru en I788 et édité par le Grand Orient de France , qui ne pratiquait pas encore d’ostracisme à l’égard des loges authentiquement écossaises, est une ascèse  qui s’inscrit très bien dans notre démarche spirituelle puisque l’auteur pose le principe d’un grand architecte de l’Univers et d’une vérité première qu’il voit dans le fait que   l’éternel a imprimé dans notre cœur  les lois de la nature par la vertu desquelles on doit arriver au bonheur.

                                    Mais ce bonheur dit-il n’est pas dans la recherche des vaines satisfactions matérielles et, après avoir passé en revue les grands  de ce monde, qui ont confessé l’impuissance des grandeurs humaines à étancher  la soif d’espérance dont nul mortel ne peut se défaire, l’auteur conclut  que le bonheur n’est  que dans la poursuite de la voie qui conduit à l’harmonie universelle et qui fait que l’on prospère à mesure qu’on l’ approche . Nous trouvons là la voie de l’initiation vers  la perception de ce que Xéfolius appelle l’harmonie du grand tout.

 

                                                  Pour comprendre la pensée de l’auteur  et l’éthique  qu’elle induit il nous  faut  dégager les grandes lignes de  cette somme de philosophie et de spiritualité  maçonniques .

                                    Pour Xéfolius  notre nature passagère, terrestre, a des lois de nécessités (il faut entendre par là les besoins physiques que l’on cherche à satisfaire avec parfois, pour reprendre son image, « comme l’hydropique qui n’aspire qu’a boire ») mais notre nature a aussi des aspirations consécutives  à son essence profonde qui tend à l’infini.

                                    La profonde sagesse consiste donc à connaître les lois profondes de notre être et c’est là tout le contenu de cette  philosophie à laquelle les faux sages, dit-il, lui donnent un visage hypocondriaque, ennemi des plaisirs, alors qu’elle ne défend que les excès qui nuisent aux harmonies.

                                    Pour l’auteur il arrive que  le «grand principe », relève  à quelque adorateur de la sagesse un coin du voile et lui révèle  le passé et l’avenir, ce n’est pas pour satisfaire une vaine curiosité mais pour verser la joie dans le cœur de  cet être pieux et l’avancer dans sa modification, son évolution..

                                    Développant  sa conviction  que l’homme connaît des cycles d’évolution, Xéfolius affirme qu’ « à force de révolutions et de réminiscences de sentiments,  le grand architecte de l’univers l’a combiné de manière que ses besoins matériels ne puissent outrepasser la mesure de ses besoins de cette nature, tandis qu’il a voulu que sa nature de destiné tende constamment vers l’infini et ne trouve le repos que dans la fidélité à ces lois.

                                    Abordant  le cas des disciples de la doctrine qui enseigne qu’il n’y a pas de Dieu et que l’âme est mortelle, il la réfute en  affirmant que l’homme ne pourrait se rassembler alors  en Société car le déchaînement des plaisirs et des ambitions  rendrait impossible de se donner des lois se fondant sur la Justice, contenu moral qui pour lui ne peut être que le fruit  d’une inspiration  qui transcende l’homme.

                                    Et, s’inspirant sans doute de Kant, il  voit la  preuve de l’aspiration innée à la justice  dans le fait que  tout homme, même le plus perverti, se réjouit du triomphe de la vertu.

                                    Traitant de la vanité qui peut être un obstacle au  progrès dans l’harmonie intérieure de l’être, en ce qu’il est aussi fertile en résultats fâcheux qu’en illusions, il fait référence à La Rochefoucault  qui affirme que souvent celui qui semble avoir le moins d’amour de soi , sans cependant être un sage, s’en fait la réputation  par son adresse à le déguiser.

                                    Transposant cette  conception de l’homme à la société humaine, il conclu que le bonheur social résulte de l’harmonie sociale comme le bonheur individuel l’est de l’harmonie individuelle.

                                    Il  rejette donc l’enseignement d’Epicure en ce que ce philosophe  détache l’esprit du sentiment et l’éloigne en cela de la route de l’harmonie, et Xéfolus de conclure  que si l’homme  devait  oublier  sa nature de destinée, entendons par là son aspiration à joindre le sacré, il ne serait plus qu’une bête féroce.

                                    Cependant  l’auteur saisissant sans doute la difficulté de dégager un corpus moral universel renvoie chacun à son  cœur et à son propre état moral car dit-il  il y a peu de bons juges de l’expérience et de l’état moral d’autrui.

                                    Mettant les désabusés de ce  monde à la place du créateur il leur demande s’ils n’ imprimeraient pas chez l’homme ces lois qui lient le bonheur de chacun à celui de ses semblables et qui lui font aspirer à l’harmonie.

                                    Car le créateur a voulu que l’homme régnât sur la terre et se modifiât dans l’état de Société, sensible aux  souffrances d’autrui. Réaction de sympathique comportant le besoin impérieux de nous secourir mutuellement et Xéfolius conclut : « la disparition de cette loi de pitié verrait s’écrouler l’édifice du grand architecte.

                                    Il ajoutera plus loin que le Grand Architecte a merveilleusement combiné tous ses ouvrages, et l’action ou la réaction que nous avons les uns sur les autres révèle le rôle de vecteur que l’affectif joue dans l’échange de nos idées.

                                    S’élevant contre l’assertion de certains de ses contemporains qui , comme le soutenait déjà Hésiode dans l’antiquité, prétendent  que le Chaos se débrouille par lui-même , il conclut par cette éternelle interrogation  qui pourrait croire que l’intelligence est venue de là où il n’y en avait pas !  Constatant que certains, prenant les bornes  de leur esprit pour celles du créateur, croient qu’il a créé l’univers sans but.

                                    Pour Xéfolius l’homme tend donc vers cet infini cependant qu’il participe d’un monde en évolution où les créatures sont destinées à se modifier réciproquement pour pouvoir parvenir à la destinée de notre être. Dans ce but dit-il  le grand Architecte agit par les moyens les plus simples. Cependant mettant en doute que les Sciences et les Arts soient la découverte des vraies lumières , il reconnaît toutefois qu’ils sont le  creuset maturatif nécessaire à la modification du grand nombre.  Entendons par là que ni la Science ni les Arts ne peuvent conduire vers cet orient parfait mais qu’ils en sont des manifestations de ses lueurs  qui doivent interpeller la multitude.

                                    Dans les rapports des hommes entre eux ,  Xéfolius fait quelques observations et émet quelques sentences dans lesquelles  l’on peut reconnaître l’influence des auteurs du siècle des lumières et que, face au  monde en proie aux  rivalités, il résume en ces mots : « Essayez la bienveillance et la piété et vous ne tarderez pas à sentir que ce sont là les aliments de notre nature de destinée ».

                                    Structurant sa perception de la destinée de l’homme, Xéfolius affirme que ce qui a égaré beaucoup de philosophes c’est  de n’avoir considéré l’homme que sous un seul rapport , tandis que pour le connaître , il faut le considérer sous quatre rapports :

                                    -Par les liens physiques il tient au monde  animal.

                                    -Par les lois sociales il tient à ses semblables.

                                    -Par  la loi de la destinée il tient à être des classes supérieures.

                                    -Par la loi de l’infini, il tient à la Divinité.

                                    Il est donc en harmonie lorsqu’il s’inscrit dans toutes ces lois et à l’inverse connaît la discordance, et souffre relativement, lorsqu’il enfreint l’une d’elles.

                                    Synthétisant  sa doctrine qui nous semble être un syncrétisme combinant la métaphysique  déiste et l’idéologie matérialiste qui prévaudra au cours de la Révolution et qui privilégie les faits de conscience, Xéfolius  exhorte le lecteur à un comportement qui soit tout de modération, justice, bonté, amour, confiance, résignation modération, pensée de la brièveté de la vie , sentiment de notre destinée infinie » qui pour lui sont les fondements, les colonnes et les liens de l’harmonie et du bonheur.

                                    La lecture de ce volume dont le contenu et la tonalité ne sont en rien discordants au sein de notre obédience amène d’autres réflexions au plan proprement historique  car nous y trouvons, sans en forcer le sens, les germes des idées qui triompheront une année plus tard , lors de la Révolution.

                                    Ne peut-on s’étonner de lire cette affirmation  exécutrice du fondement même du système monarchique alors en vigueur : « là ou chaque citoyen est une parcelle de la Majesté,  là où la société entière est le Souverain ,l’on ne peut mettre en question ce que nous devons à la patrie. Nous en trouvons le précepte dans les lois de notre être, dans le sentiment de la fraternité naturelle »

                                    Nous découvrons chez l’auteur  cette soif d’égalité, dans une charge contre la noblesse, dont il est pourtant issu, lorsqu’il dénonce « ces cercles où le hasard de la naissance qui y distribue les places, persuade aux plus élevés qu’ils tiennent le même rang dans l’empire de l’esprit et qu’ils ont le droit de commander jusqu’à la pensée de ceux qui se trouvent au dessous d’eux »

                                    Combien ces mots nous paraissent lucides et courageux s’agissant d’un noble  qui faisait carrière dans l’armée du Roi.

                                    Et plus loin, comme une connaissance intuitive du proche avenir, il affirme « Nulle société, grande ou petite, ne se soulève contre un pouvoir reconnu, qu’après avoir été vexée , persécutée à plusieurs reprises et souvent jusqu’au désespoir »

                                    Et dans une envolée que ne renieraient pas les humanistes  modernes il dénonce notre vanité , nos préjugés qui font dit-il « que nous traitons de barbares les peuples et les contrées qui ont moins de science, moins d’erreurs et moins de vices que nous » et  de dénoncer « l’injustice et le crime que représentent la traite et l’esclavage des nègres, auxquels ne sauraient renoncer des gens persuadés que cet abominable trafic est indispensable à la prospérité de l’Etat, de leur famille et de leur bonheur personnel. »

                                    N’avons-nous pas là les éléments substantiels de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et plus largement de la partie altruiste de l’œuvre de la Convention, dont il sera membre.

                                    Homme quelque peu visionnaire en même temps que catalyseur des convulsions et mutations  sociales en gestation il répondra par avance à l’irréligion qui gagne les milieux intellectuels et mènera au culte de la Raison pure, par ces mots « l’athéisme vrai ou feint de ce siècle a la même cause que le jansénisme du temps de la ligue. Tout homme qui demandera la vérité aux autres hommes , qui la cherchera ailleurs que dans le point harmonieux, peut devenir un instrument des méchants, comme il fera le jouet des plus folles opinions des temps où il vivra »

                                    Chacun aura compris cette fulgurante  mise en garde qui est aujourd’hui d’une surprenante actualité.

                                    Les conceptions proprement  politiques de ce grand maçon mériteraient une étude  bien plus attentive car ce volume de Xéfolius, dans la mesure où il reflète ce qui pouvait s’exprimer dans les loges par des hommes d’un poids intellectuel et d’un niveau social  supérieurs , donnerait quelque crédit à ceux qui pensent que la Révolution  s’élabora dans les loges, même si elle n’y fut pas concertée.

                                    Pourquoi ai-je attendu tant d’années avant de présenter ce travail bien modeste au regard du contenu du volume de Xéfolius, c’est la question que je me suis moi-même posée et la réponse m’est venue sans longue introspection. J’ai maintenant le sentiment que Xéfolius peut être entendu et compris  au sein de cette obédience du Rite Ecossais Ancien et Accepté  dans laquelle, s’il n’y adhérait déjà, il trouverait son vrai orient.

                                    Ne parle-t-il pas de ce Grand Architecte de l’Univers  en  l’admettant comme grand principe qui n’est pas exclusif  des autre croyances  recommandant : « dans quelque religion que tu sois né suis-en les rites, ne lui refuse que ce que les lois de ton être te défendent car, comme nous ne sommes sur la Terre que pour nous y modifier, celui qui se plait dans les temples et les lieux où l’on se sent invité au recueillement se modifie dans le fait.»

                                    Et par ailleurs, il précisera que la science de l’homme est la science des choses cachées et, lorsque arrivés au point harmonieux nous remplissons les devoirs de notre religion avec exactitude, nous avançons dans l’intelligence des secrets.

                                    N’avons-nous pas là, résumée, notre démarche  initiatique ? La marche vers la grande vérité vers laquelle cheminent tous les hommes de véritable foi.

                                    A la lecture de ce volume il nous semble évident que l’auteur à lu le discours du Chevalier de Ramsay qui aura nourri et conforté sa vision d’un ordre universel, réminiscence de l’âme humaine..

                                    Cependant si Ramsay croit à une élévation se produisant dans la carrière d’une vie et métamorphosant le vieil homme en être nouveau, Xéfolius s’inscrit dans la doctrine pythagoricienne de la transmigration des âmes dans un processus d’améliorations successives ascendantes . Toutefois  tous deux ne conçoivent ce perfectionnement progressif qu’au travers d’un humanisme spiritualiste guidé par la foi.

                                    Par ailleurs si Ramsay associe à la spiritualité la notion de connaissance encyclopédique qu’il tient de Francis Bacon et des philosophes des lumières, Xéfolius, comme en écho , émet comme nous l’avons vu  des restrictions sur la vertu des arts et des sciences dans la connaissance de l’indicible .

                                    Dans cette somme de pensée maçonnique où affleure une foi déiste d’une large ouverture, préfigurent également les décisions du Convent de Lausanne  de 1875, exprimées par le F.  . Henri Crémieux en ces termes : »Nous nous inclinons devant l’infini, l’incompréhensible, et nous n’imposons pas plus la religion de Jupiter que celle d’Adonaï, toutes sont égales à nos yeux. »

                                    Et Xéfolius , qui en fait référence à plusieurs reprises, aurait adhéré s’il ne l’a pas inspiré cette  invocation au Grand Architecte de l’Univers ni la devise générale du rite « Dieu est mon droit » car c’est l’une des affirmations majeures de son œuvre.

                                    En conclusion, je dirais que le volume de Xéfolius est un livre de chevet qui ouvre à chaque lecture des horizons nouveaux et qui jalonne un parcours initiatique vers de hautes prises de consciences qui disqualifient les intégrismes et les fondamentalismes  régressifs et concilie les aspirations altruistes du cœur d’un maçon avec la recherche intuitive de son esprit.

                                                                       Alfred    MARMUS

GEORGES CLEMENCEAU

Le 24 novembre 1929  mourait « Le Père la Victoire »

DSCN3886

                        Il est un principe que les sociologues ne semblent pas avoir suffisamment analysé, c’est la capacité d’une société de générer à point nommé un être exceptionnel qui va mobiliser les énergies potentielles du corps social pour les faire entrer en résistance contre toute agression et sauver ainsi son intégrité en renforçant  sa cohésion.

                        Notre  long passé national est jalonné de ces êtres inspirés qui par quelques coups d’épée ou quelques traits de plume  orientèrent le cours de l’Histoire .Il en est ainsi de Georges CLEMENCEAU

                        L’homme par son action déterminante dans la Victoire  méritait de subsister plus longuement dans les mémoires et notamment dans celle de ceux  attachés aux valeurs de la République et de la laïcité dont il fut un intransigeant défenseur.

                        Résumer la vie d’un tel être d’exception expose à écarter arbitrairement des facettes et donc à réduire l’éclat de sa personnalité.

                        Il était né à Mouilleron-en-Pareds, en Vendée. Issu de la moyenne bourgeoisie,  un certain déterminisme familial le destinait à être médecin de campagne, comme son père qui, par ailleurs, nourrissait un culte intransigeant de la Révolution française.

                        La guerre de I870 éclate et Georges Clemenceau quitte sa province pour venir à Paris, à Montmartre, où sa personnalité déjà marquante  et son intérêt pour la chose publique le font nommer Maire du XVIII ème arrondissement, à 29 ans.

                        Devant la menace allemande qui se précise aux portes de la capitale il fait afficher une proclamation rappelant la volonté de vaincre de ceux de I792.

                        Dans la tragique affaire de la Commune de Paris  CLEMENCEAU intercède vainement auprès des rebelles pour empêcher que les généraux  Leconte et Thomas ne soient fusillés et, ne voulant pas gagner les rangs des Versaillais, il revient dans sa province où il connaîtra quelques difficultés en raison de ses positions face à Thiers dont il dénoncera la férocité dans la répression.

             Il sera de tous les combats pour défendre la République et plus largement la Liberté.

            Le personnage s’affirme et ses interventions à la Chambre avec cet humour souvent féroce et son élocution de tribun  le font craindre jusque dans les rangs de son parti.

             Le début de la première guerre mondiale intervient alors qu’il est déjà âgé de 73 ans.

         A l’automne 1917 la situation se dégrade au plan militaire et le moral du pays s’en trouve atteint  jusqu’à faire envisager par certains la cessation des hostilités dans des conditions désastreuses.

            Le moment est tragique : la Russie en pleine guerre civile a signé la paix de Brest-Litovsk  libérant l’Allemagne de tout effort à l’Est  et lui permettant de transférer et lancer sur nos fronts toutes ses divisions.

DSCN3885

            Le Président POINCARE, qui ne nourrit pas une grande sympathie pour CLEMENCEAU, se voit dans la nécessité de faire appel au « tigre », seul homme politique qui par sa ténacité était capable de mobiliser les énergies et de devenir le catalyseur de l’espoir et de la volonté farouche de vaincre.

            Président du Conseil et Ministre de la guerre, Georges Clemenceau saura maintenir ou placer les chefs militaires  aux postes qui conviennent  à leur profil psychologique .Quelques désaccords interviendront  entre FOCH et lui, notamment sur l’emploi des troupes américaines, le ministre de la guerre préconisant leur emploi au même titre que les nôtres et le généralissime soutenant qu’elles ne sont pas  suffisamment aguerries, de même sur le projet du traité  avec l’Allemagne, FOCH maintenant que notre sécurité commande une occupation permanente du Rhin ,CLEMENCEAU  s’en tenant lui aux frontières de la France .Cependant malgré ces divergences parfois rudes il saura reconnaître qu’avec tout autre que FOCH la guerre eut duré un an de plus inutilement.

                        Aimé des soldats du front qu’il allait visiter, il savait leur donner cette image rassurante d’un personnage solide, presque farouche, engoncé dans son manteau de laine brune, canne à la main, chapeau cabossé qui sur tout autre eut paru ridicule mais qui dénotait chez lui une  absence de conformisme bourgeois et, dans cette communion des âmes qu’il savait établir, il faisait passer par son rayonnement sa propre énergie.

          La liesse de la victoire passée, les hommes politiques  n’aimant pas être fidèles pour ne pas abdiquer leur propre personnalité et  pouvoir  s’exonérer de toute reconnaissance, refusèrent  de hisser ce vieux commandeur des laïcs à la tête de l’Etat.

                        Georges CLEMENCEAU, âme combative mais généreuse  inspira rejet ou  adhésion fervente comme celle de Jean Psichari, que l’on pense être le père du poète mort au front, qui lui dédiait presque quotidiennement un sonnet dont l’un d’eux dit :

            Vous savez nous cacher d’une mâle allégresse

            Sous un poitrail de fer une âme de velours.

            Pour  l’auteur dramatique  Henry Bernstein il sera : « un sujet de tragédie surpassant en pathétique la destinée de ses contemporains. »

                          Homme de lettres, ayant abordé presque tous les genres, philosophie, théâtre, critique d’art, Georges CLEMENCEAU  a su au moment crucial se  consacrer farouchement à une seule tâche: sauver le pays du plus grand désastre de son histoire.

                           Celui qui fut le cœur même de la Nation, et qui dans l’ingratitude de l’oubli  repose dans une humble tombe de son coin vendéen de Mouilleron-en-Pareds, a largement  mérité  que chaque ville, bourg ou village lui consacre une artère.

                                                                       Alfred  MARMUS

(illustration: tableau MDI, matériel pédagogique des années 50-60: Clémenceau et Foch en visite dans les tranchées en 1917)

VICTORINE

Voici le texte écrit et lu en hommage à Victorine lors de la fête de ses 80 ans.

J’avais fait les six ans et dans le sarrau noir

Que portaient fièrement jadis les écoliers

Je serrais fort ta main pleurant le désespoir

De quitter la maison d’où vous tous m’exiliez.

 !!!!!!!!!!

 Et à la fin des cours, quand la cloche sonnait,

Comme un enfant perdu qui s’angoisse et qui tremble,

 Je cherchais dans la cour cette tête bouclée,

Ma guide qui avait l’allure de Shirley Temple

 !!!!!!!!!!

A la répétition, assis à tes côtés,

J’observais ta maîtresse, une dame Marquet,   

Dont le port distingué, quelque peu apprêté,

Me fascinait je crois, et longtemps m’a marqué.

 !!!!!!!!!!

De la guerre triste temps, surtout pour les enfants,

Nous n’en eûmes il est vrai que frayeurs et hantise.

Tôt les américains   entrèrent  triomphants  

Payant notre amitié de mille  friandises

!!!!!!!!!!! 

Pour Toinou collégien se fut le temps béni,

Baragouinant l’anglais il gagnait  des douceurs  

Alors qu’à Zègla, avec aplomb Nini,

Initiait au ricain Pépica notre sœur  

 !!!!!!!!!!

Parmi ces grands Cow-boys, un dans la quarantaine,  

Le regard attendri exhibait le portrait                         

De sa fille là-bas dans sa contrée lointaine   

Et qui te ressemblait, disait-il, trait pour trait

 !!!!!!!!!!

Tu avais tes seize ans vers la fin de la guerre,

Et des jeunes plus âgés t’invitaient à danser.

Vincent, pierre et Bertrand ne t’intéressaient  guère

Car un timide blond occupait tes pensées.

 !!!!!!!!!!

Quand sa mère traversa les vingt pas séparant

Sa porte de la nôtre, pour demander ta main,

Consultée tu dis oui, engageant nos parents

Envers ce militaire partant le lendemain.

 !!!!!!!!!!

Quand il revint du front, tu l’attendais fidèle,

Et je le vois encore  adossé au portail

Te dire sobrement cet avenir modèle

Qu’il t’offrirait dès lors qu’il aurait un travail

!!!!!!!!!!!

Il s’activa si bien que deux années plus tard,

Vous étiez à Alger élevant  un bel ange

Qui dessinait au mur, d’odorantes œuvres d’art 

Puisant dans la matière que renfermait son  lange.

 !!!!!!!!!!

Bientôt abandonnant  la belle capitale,

Ses plages au sable blond et le jardin d’Essai,

Vous reveniez heureux à la ville natale

Rejoindre la famille, le berceau délaissé.

 !!!!!!!!!!!

Les cigognes qui goûtaient sur nos  toits l’air si pur

N’eurent pas à voler vers des cieux lointains  

Pour livrer deux enfants, un blond aux yeux d’azur

Une brunette vive au sourire mutin

!!!!!!!!!! 

Puis le destin voulu qu’enfin le rêve atteint

D’une belle villa dans un quartier bien sage 

Il fallut tout quitter pour suivre son destin

Et reconstruire ici avec un grand courage

 !!!!!!!!!!!

Le temps n’entame pas  ton enviable ardeur          

Ni le grand dévouement pour ceux de ta maison  

Qu’a désertée trop tôt celui qui au  labeur

A consacré  ses jours bien plus que de raison.

!!!!!!!!!!

Récompensant l’effort, il y eut les voyages.

D’Orient à l’Occident et du Nord à l’Espagne

Tu as vu et verras les plus beaux paysages

Faisant choix de souvenirs plutôt que de l’épargne.

!!!!!!!!!!! 

Tu aimes le contact, la convivialité,

Et pour aller danser première sur la piste.

Cet heureux  caractère te vaut des amitiés,

Si bien que tes vieux jours ne seront guère tristes

!!!!!!!!!!

Tu fais quatre vingt ans, mais tu tiens de maman

Dont les tantes connurent prés d’un siècle de vie.

Tu battras le record de Madame Calment,

 Et toujours voyageant et swinguant à l’envi.

Freddou Marmus

29 mars 2008

IMG_0062

LA MISERE DU MONDE

A l’aurore de ce monde

Dans l’air pur des premiers matins

Sur une terre féconde

L’homme souriait à son destin.

=+=+=+=

Sans entraves et sans loi

Libre heureux sans le savoir

Il se forgea la Foi

Pour y nourrir son espoir.

=+=+=+=

Ses mains réduites aux gestes

d’implorer Dieu avec passion

Reçurent le cadeau funeste

D’une parcelle de création.

=+=+=+=

Pauvres humains

Qui de leurs mains fébriles

N’ont vu sortir que des joies éphémères

Tous leurs efforts pour un bonheur tranquille

Font naître le malheur, la mort et la misère.

Paroles: Alfred Marmus

Musique: Raoul Cerman

Si FRANCO avait cédé à HITLER en 1940…

…UN  BOULEVERSEMENT DE LA PLANIFICATION STRATEGIQUE GLOBALE

       Il est de la compétence des hauts  Etats-Majors  de planifier l’action des Forces Armées en menant la réflexion nécessaire pour  se positionner en vue de gagner la bataille envisagée. Sans entrer dans les détails de l’art militaire, il tombe sous le sens que dans la perspective du conflit qui devait, en Occident, opposer les  Etats Unis et ses alliés à l’Allemagne  nazie, la planification stratégique a du tenir compte des éventuels renforts  que l’ennemi pouvait  trouver dans le ralliement de pays non encore impliqués  dans le conflit.

   Il était donc d’une importance quelque peu déterminante  pour le Haut  Etat- Major  Allié de prévoir l’attitude de  l’Espagne,  et même du Portugal, et de planifier ses opérations en tenant compte de ces  données.

  On peut donc penser que le déroulement de la guerre, et  partant   son issue,  a pu se jouer lors de l’entrevue du Général  FRANCO et  de HITLER  à Hendaye,  le 23 octobre 1940.

1941 - Hitler and Franco

 Tablant sur la reconnaissance  du Caudillo  pour le soutien conséquent que l’Allemagne avait apporté aux nationalistes  espagnols ,  tant en  hommes et instructeurs , qu’en avions de combat (Légion Condor)  et blindés,  le Führer a pu  penser que le Général FRANCO rejoindrait les Forces de l’Axe.

  Le Caudillo, dont le pays sortait exsangue d’une guerre civile qui avait compté un million de morts et le laissait  ruiné, opta pour la  politique de l’esquive. Ainsi,  au cours de l’entrevue,  après avoir laissé patiemment HITLER  s’exprimer avec sa logorrhée habituelle et son attitude  théâtrale , qu’il  n’appréciait guère, c’est  avec «  une voix monocorde, rappelant celle d’un muezzin » dit Paul Smith, qu’ il réclama pour son entrée en guerre : un ravitaillement conséquent, un  équipement moderne pour son armée forte de 300.000 hommes, et le rattachement à L’Espagne  de  Gibraltar, de  la majeure partie du Maroc français, du littoral Algérien jusqu’ à Oran comprise et un agrandissement  des colonies espagnoles en Afrique Noire.

DSCN2216

  Les historiens s’accordent à dire que  le Caudillo, peu tenté  par une participation de l’Espagne au « Plan Félix », opération  destinée à fermer la Méditerranée  aux anglais par une prise de contrôle de Gibraltar et du littoral marocain, prévenant ainsi  toute  intervention en Afrique du Nord,  exprima des exigences exorbitantes  irritant  fort le Führer qui cependant  tenta une dernière manœuvre,  infructueuse ,  par  la voie de MUSSOLINI ,au cours d’une rencontre qui se tint en Italie entre le DUCE et le CAUDILLO le 12 février 1941.

  C’ est  au retour de cette entrevue  qu’eut lieu la rencontre de FRANCO et de PETAIN à Montpellier , le 13 février 1941, les deux Chefs d’Etat s’étant connus lors de la campagne franco-espagnole du Rif,  et revus  l’année précédente,  alors  que le Maréchal  représentait la France  à notre Ambassade de Madrid.

   Les visées annexionnistes de l’Espagne franquiste, notamment sur  l’Oranie  française , étaient une résurgence  du rêve colonial  se rattachant à ce lointain passé qui vit les troupes du royaume d’Espagne  ,menées  par le  Cardinal  Francisco Cisneros,  fonder à Oran un Préside qui dura de 1509 à 1792, constamment sous la menace ottomane..

DSCN2217

    Une forte immigration  d’origine hispanique ayant constitué la majorité du peuplement de cette province  d’Oran, dès la fin du 19 ème siècle, et bien que  sur deux  générations  l’intégration à la France et aux vertus de la République  ait été effective, le nationalisme espagnol   maintenait  ses prétentions  territoriales avec la même  nostalgie revendicative que le monde Arabe à l’égard de l’Andalousie.

   Pendant la période  qui va du début de la guerre civile espagnole au débarquement des troupes  Alliées  en Afrique du Nord, soit de Juillet 1936 à Novembre 1942, le régime espagnol n’eut de cesse d’envoyer en Oranie des agents  propagandistes  qui ,  sous couvert d’activité sociales ou culturelles, mais  par voie de tracts, de réunions clandestines et de pétitions, prônaient le rattachement à L’Espagne.

    Le rédacteur de  cette  bien modeste  évocation,  qui eut, quinze ans plus tard, à combattre d’autres  ingérences étrangères, a  recueilli, auprès de ses aînés dans  ce Service qui participa à « l’Opération Cisneros », l’écho  de leur lutte contre cet irrédentisme espagnol  d’autant plus  offensif   que la France affaiblie se trouvait inféodée à l’Allemagne nazie.

     Cet épisode  de notre Histoire ne semble pas avoir donné lieu à réflexion  sur ce qu’aurait été  le bouleversement stratégique  si, faisant droit aux exigences du  dictateur espagnol , l’Allemagne avait tenu Gibraltar et  le Maroc,  verrouillant ainsi ce que  dans l’antiquité  on appelait les « Colonnes d’Hercule » et rendant improbable  l’opération  « Torch » qui permit le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. C’est à partir de cette  plateforme stratégique que  s’organisera  le Corps expéditionnaire français en Italie(CEF)  opérant sous les ordres du général Juin. Après la Sicile et Naples, en Novembre 1943, le CEF  enchaînera les faits d’armes  glorieux  dont : Monte Cassino, Garigliano, ouvrant aux  Alliés la route vers Rome.

  Après  cette  marche  victorieuse, qui  vaudra à l’armée française la pleine reconnaissance des  Alliés,  et s’inscrira dans l’Histoire, le CEF rejoint l’armée du Général  de Lattre de Tassigny  pour le débarquement en Provence  en août 1944 (Opération Cartoon). Ces troupes valeureuses,  amalgame militaire fait de ceux qu’on appellera plus tard « pieds-noirs », d’ évadés de France  métropolitaine, de goumiers, tirailleurs marocains, algériens, sénégalais, communiant dans un même attachement à la France, permettront,  par leur bravoure, que légitimement , le général de Lattre de Tassigny reçoive avec les Alliées la reddition  de l’Allemagne.

   Pour avoir été concerné par les prétentions  irrédentistes de l’Espagne, le rédacteur de ce survol historique se demande quel aurait été le sort des Français de l’Oranie française  si les troupes  espagnoles, à l’exemple des  Allemands en Alsace-Lorraine, leur  avaient  imposé leur régime et leur culture, étant entendu que l’exode vers la Métropole eut été impossible  dans ce contexte de guerre, en  1940.  Aurions-nous vu le drapeau sang et or se substituer au drapeau tricolore et l’hymne franquiste à la Marseillaise ?….  Aurions-nous eu nos « Malgré-nous » ?

    Dans cette interrogation  qui ne comporte pas de  réponse,  il émerge un souvenir qui témoigne d’une angoisse passée, c’est l’émotion ressentie lorsque notre maître nous lut, en un jour sombre de 1940, ce texte poignant  d’Alphonse   Daudet  « la dernière leçon », qui mettait en scène un instituteur alsacien en 1870  lequel, sur ordre de l’autorité allemande, donnait son dernier cours en Français.

Alfred MARMUS

644550_427101960683153_1999899129_n1

Guillaume APOLLINAIRE

Il a été un des derniers poètes à  avoir eu la faveur du grand public et la reconnaissance de ses pairs, révélant une originalité qui faisait écho à l’âme populaire. Il reste l’un des précurseurs  de la révolution littéraire qui se fit jour au début du XXème siècle. Créateur du terme « Surréalisme » il est l’initiateur  de ce mouvement.  L’ adhésion  de l’âme du peuple à son œuvre, notamment poétique , il l’explique lui-même par le fait que son art est le fruit de la seule imagination, de l’intuition ,avec une sincérité dans l’émotion et une spontanéité dans l’expression.

Cet apatride, soldat français patriote, est né à Rome le 25 août 1880, d’une mère originaire du Grand-Duché de LITUANIE (alors sous autorité russe) et d’un père inconnu, probablement officier italien. Il sera déclaré sous le nom d’emprunt de DULCIGNY et ne sera reconnu par sa mère que quelques mois plus tard , sous le nom de Alberto, Wladimiro, Alessandro ,Apollinaire de Kostrowitzky. Ce n’est que passé 2O ans qu’il prendra le nom de Guillaume Apollinaire qu’il  fera monter  au firmament de la littérature, et ce n’est qu’à quelques encablures de sa mort qu’il obtiendra la nationalité française.

En I887 la famille s’installe à Monaco où sa mère gagne probablement sa vie comme entraîneuse au nouveau Casino de la Principauté.

Il effectuera ses études  de 1887 à 1895 au collège mariste  Saint-Charles de Monaco, puis à Cannes et à  Nice  où il se signale comme bon élève pieux  et discipliné.

En 1900, à vingt ans ,il s’installe à Paris ,où il publie ses premiers poèmes, alors que vivant dans la  précarité il trouve à s’employer dans une banque.

Il sera  précepteur en Allemagne  d’une vicomtesse dont il tombe amoureux de la  gouvernante Annie, sans être payé de retour , ce qui lui inspirera des poèmes ( La chanson du mal aimé, l’émigrant de kandor.)

De 1905 à 1907 il travaille pour des organismes boursiers tout en publiant des contes et poèmes  et devient  journaliste, poète , critique d’art et  conférencier, se faisant reconnaître par le monde  des arts et se liant d’amitié avec Picasso, Le Douanier Rousseau, Marie Laurencin….

En 1913 il publie « Alcools » recueil majeur qui réunit son œuvre poétique.

Il ne nous appartient pas de juger  ici de l’œuvre de ce grand   poète  qui a marqué son temps par un  génie innovant. Nous dirons simplement  de l’auteur  que sa poésie  était chez lui un jaillissement du cœur qui entraîna dans son sillage bien des jeunes auteurs , célébrités en devenir.

En notre période anniversaire de la Grande Guerre nous évoquerons  le patriote  qui , dans ce terrible  conflit , bien que n’ayant  pas la nationalité française , et âgé de  35 ans ,  se refusa à jouer de sa notoriété pour se  mettre  à l’abri au milieu de ses amis de l’avant-garde artistique .

Cet amoureux de la France et de sa civilisation, qui considérait que « l’honneur tient souvent à l’heure que marque  la pendule », sent  impérativement  qu’à la pendule de son cœur et de sa raison l’ heure est  au sacrifice et  parvient à s’engager,  après avoir reçu un premier refus  comme étranger.

Celui qui exprimait un grand mépris pour les « embusqués » , se soumet à une période de formation à Nîmes avant d’être affecté dans l’artillerie comme officier de liaison à cheval, puis versé ensuite dans l’infanterie.

Ses écrits, ses multiples lettres , témoignent qu’il fut un observateur lucide de la guerre ,de la vie au front, décrivant avec un réalisme sensible la vie des soldats et ne dédaignant pas un zeste de dérision : « Ah Dieu que la guerre est jolie avec ses chants et longs loisirs. »

Le 7 Mars 1916, le Sous-lieutenant Guillaume Apollinaire, alors qu’il lit dans sa tranchée                                 « Le Mercure de France »  est grièvement blessé à la tempe par un éclat d’obus. Sa photographie le montrant comme enturbanné par un  pansement le représentera le plus souvent.

Après une longue convalescence il tente de se remettre au travail mais affaibli par sa blessure il ne peut lutter contre la grippe espagnole qui l’emporte le 9 Novembre 1918,à deux jours de la victoire.

Sa tombe au Père Lachaise qui présente un monument menhir  conçu par Picasso et financé par la vente aux enchères d’œuvres de Matisse et Picasso , dit bien la place que les plus prestigieux noms   des beaux arts reconnaissaient à  ce grand de la littérature

Nous pensons quant à nous, avec un sentiment de reconnaissance pour  celui qui fit don de son génie et de sa jeunesse à la France, que celle-ci s’honorerait  en le faisant entrer au Panthéon où sa présence aurait aussi valeur de symbole et, le paraphrasant nous disons « Ouvrez-lui cette porte où il frappe en pleurant »

Alfred MARMUS

.

LE CREUSET DE LA NATION

(Plaidoyer  pour un rétablissement du Service Militaire)

Nous, anciens combattants, avons vivement  protesté lorsque Jacques  CHIRAC ,  Chef de l’Etat,  décida en Février 1996, de professionnaliser l’armée, entrainant de facto la suppression de la Conscription qui se trouvera en définitive remplacée par la «journée d’appel de préparation à la défense »  : cours d’initiation le plus bref et le plus mal suivi de France. Cette décision se trouvait justifiée  par des raisons budgétaires et un climat international pacifié après l’effondrement  du bloc soviétique, et donc  la désagrégation du Pacte de Varsovie, principale  force  coalisée qui menaçait  alors  la paix du monde libre.

L’esprit de veille du monde occidentale se relâchant, un pacifisme démobilisateur se fit jour, se traduisant dans la culture populaire par les chansons Hippies et Punk faisant profession d’antimilitarisme,  de même que dans  la littérature et  les sciences sociales. La société renouant  ainsi  avec  la noble  aspiration à une paix perpétuelle  qui trouve  ses racines dans la philosophie des lumières

La crainte de voir les deux blocs en venir à une confrontation nucléaire s’étant estompée, une foi nouvelle  dans les vertus pacificatrices  de notre  démocratie  laissa prospérer la croyance qu’une apparence moins guerrière désarmerait les forces bellicistes étrangères. Mais cette  pensée  prenait pour schéma  de référence les conflits armés du passé,  opposant des nations pouvant s’appuyer  sur leur cohésion nationale et l’adhésion de leur peuple à la légitimité de la riposte armée. Il semble que les gouvernants  doivent maintenant  prendre en compte le phénomène nouveau  de ces  éléments  acquis à d’autres  valeurs que celles de la République et qui, agissant dans l’ombre, sur notre sol, peuvent demain  œuvrer en faveur d’un ennemi.

Cette crainte, à laquelle les évènements récents  fournissent quelque crédit, amène à réviser  les conceptions  en matière de Défense Nationale, dont les missions  comportent  autant d’assurer l’intégrité du territoire national que la sécurité des  citoyens ,  tout en préservant les principes de notre démocratie.

Il est évident que dans les discours officiels se fait jour  la pensée que  des forces hostiles et clandestines  peuvent demain  porter gravement atteinte à la vie sociale et politique du pays .Aussi il est à craindre que dans  le cas extrême d’une généralisation des désordres,  l’armée de métier , intervenant comme force de troisième catégorie, ne suffise pas à la tâche. En conséquence il semble nécessaire  d’avoir en réserve  des forces ponctuellement supplétives, formées aux tâches de maintien et rétablissement de l’ordre et  a l’utilisation des moyens militaires.

Dans cette éventualité ou interviendraient  de graves désordres, certains  tablent sur un recours  aux éléments du Service Civique, comme  prévu dans leur statut. Nous objectons, pour notre part, qu’une réserve qui se composerait  d’éléments  formés  dans les cadres de la culture, des loisirs et de l’action humanitaire  ne serait que d’une illusoire  efficacité  dans des interventions  les opposant à des  combattants , hautement motivés,  et conduits par des  éléments  initiés à l’usage des armes ou, voire même, ayant connu un théâtre opérationnel.

De même ,  comme il est du devoir des gouvernants  d’imaginer les situations les plus  extrêmes , quel  quadrillage efficace  pourrions nous opposer  à de multiples quartiers gagnés par le désordre ou l’insurrection ?,où trouverions nous les effectifs  immédiatement nécessaires  pour assurer la garde de tous les points sensibles du territoire ?

Il nous semble donc que le temps et venu de renouer, en des formes appropriées à notre èpoque, avec le Service Militaire, qui fut et redeviendrait le creuset  de la nation , dans lequel  le brassage des citoyens de tous horizons réduirait  ces fractures sociales  qu’engendrent  les replis identitaires  et qui mènent  au refus de  tout dévouement au pays  ,à la Patrie.

Peut être alors , en dehors d’un renouveau du goût de l’effort et de la discipline, consciemment consentie, verrions nous  naître ou renaître une réelle adhésion aux  valeurs intangibles  de notre République , un patriotisme  humaniste  tel que l’ont  exprimé  Charles PEGUY, Erneste PSICHIARI ,Alain FOURNIER,  morts au Champ d’honneur en 1914,et dont nous avons évoqué les nobles visages dans nos précédents articles.

Alfred MARMUS

PREMIERS EMOIS

Aïn-El-Turk  (  à 17 ans)

De l’escalier de pierre où l’on allait s’asseoir
La mer venait lécher les premières marches usées
La lune apparaissant  en annonçant  le soir
Semblait un joyau d’or sur la pourpre posé

Nous étions enlacés face à  l’infinité
Réunis à jamais et détachés du monde,
Nous voguions bienheureux  comme anges de clarté
Hôtes du Paradis le temps d’une  seconde.

Nous allions chaque jour à notre promontoire
D’où nous guettions au soir ce fameux rayon vert
Dont la légende veut  qu’il consacre l’histoire
De ceux  dont le bonheur s’impose à l’univers.

Puis l’été a pris fin de même que l’émoi
D’un amour caressé des lèvres dans la nuit.
Reste le rayon vert de  ton regard sur moi
Que j’évoque  parfois  quand le monde m’ennui.

Alfred MARMUS

Hommage à Péguy

Comme l’ouvrier  devant sa pierre précieuse qui s’attaque à la taille  précautionneusement,   s’agissant d’une gemme dont il lui faut tirer par un jeu de facettes  tous ses plus beaux éclats, ainsi, plus modestement encore, je voudrais de la vie et de l’œuvre de ce grand patriote, de cet écrivain sublimement inspiré que fut Charles PEGUY, et dans un style forcément lapidaire, vous en faire miroiter le génie.

Notre rubrique n’a aucune prétention littéraire, elle n’a d’autre but que d’évoquer de grands noms de la littérature qui firent le rayonnement d’une  France qu’ils aimèrent jusqu’au sacrifice suprême.

Charles PEGUY était né à Orléans le 7 janvier 1873 dans une famille modeste, d’une mère rempailleuse et d’un menuisier qui le laissa très rapidement orphelin. Son intelligence se faisant jour dès les premières classes il se distingue par ailleurs par un indépendance d’esprit qu’on qualifiera d’irrévérence.

Demi boursier d’état il entre à l’Ecole Normale Supérieure, en I894, après avoir effectué  son service militaire au 131 R.I, avec une certaine propension à se satisfaire de cette discipline.

A l’Ecole Normale il sera l’élève de deux grands du monde littéraire : Romain ROLLAND, grand écrivain et grand patriote qui sera prix Nobel de littérature  et Henri BERGSON. Il devient un disciple  apprécié du second, philosophe de renommée internationale dont les écrits inspirent encore le monde de la pensée.

Un ouvrier qui tient la plume, s’il a l’âme authentiquement ouvrière peut gravir la pyramide sociale sans renier ses racines et rester sans complaisance pour les parvenus. Ce fut le cas de Charles PEGUY.

Sans s’engager réellement dans les structures des mouvements socialistes, alors florissants, il s’inscrit dans ce courant de conquêtes sociales, habité par un idéal  quelque peu conciliateur entre la propriété privée et un socialisme fait de fraternité et de solidarité humaine.

Mais ce qui caractérisera Charles PEGUY c’est que dans l’internationalisme ambiant qui avait gagné le monde ouvrier, il restait viscéralement attaché à la France et ne concevait pas qu’aucun autre idéal puisse nécessiter l’abaissement ou le sacrifice de la Patrie.

Il participait  consciemment de cette âme de la France qui s’est constituée, génération après génération, engendrant une manière d’être, de penser, de croire et de réagir qui la distingue du reste du monde lequel, alors encore, continuait à regarder vers elle comme vers  un creuset où va naître l’or de la pensée.

Son nationalisme est conçu comme un échange permanent entre un peuple et une terre irriguée par des siècles de christianisme et de philosophie gréco-latine. On retrouvera cette vision de la Nation chez BERNANOS et chez DE GAULLE.

Il s’oppose déjà à l’universalisme qui est  dans l’air du temps en déclarant  « Je ne veux pas que l’autre soit le même, je veux qu’il soit autre », pensée qu’on retrouvera chez SAINT-EXUPERY.

Etre sensible, poète et généreux il se révolte contre l’antisémitisme et réclamera réparation par les armes pour une offense faite à son ami Albert LEVY.

Sans être militariste il se reconnaît dans les valeurs propres à l’Armée, car pour lui le désordre enchaîne l’Homme et l’ordre et la rationalité le libèrent.

Alors qu’il s’était éloigné de la religion, il connaîtra un retour à la foi catholique, vers ses trente cinq ans, avec une ferveur qui incline vers le mysticisme, ce que manifestera  son « mystère de la charité de Jeanne d’Arc » fruit d’une méditation catholique qui n’épargne ni l’Eglise ni l’anticléricalisme des socialistes.

De même il dénoncera un pacifisme qui n’est alors pas de saison devant une Allemagne menaçante.

Notre propos n’étant pas de présenter l’œuvre de l’auteur, en bonne place dans les anthologies françaises, mais  l’homme tel qu’il apparaît dans ses écrits et sa vie,  avec sa noblesse d’esprit, son souci fondamental de la dignité et de la liberté de l’Homme, son attachement à une République généreuse et forte, qu’il voudrait préserver d’une modernité qui amoindrit son âme, et son profond attachement à la nature où il voit la main d’un Dieu d’amour.

Sa ferveur religieuse se manifestait encore la veille de sa mort en fleurissant une statue de la vierge dans la petite église du village où stationnait  son unité, qu’il commandait comme lieutenant de réserve et qu’il  exhortait « à ne pas céder un pousse à l’ennemi ».

Il était tué à l’ennemi le 5 septembre 1914, dans les tout débuts de la bataille  de la Marne,  d’une balle en plein front.

L’ennemi frappait là le siège d’une pensée sublime où une belle conscience, une spiritualité élevée soutenaient un patriotisme fervent sans exclusive égoïste.

Il fut de sa génération une des plus belles incarnations de la France éternelle, et son âme était prête au sublime sacrifice dont il parlait lui-même dans ces vers à résonance hugolienne :

 Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle

 Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.

 Heureux ceux qui sont mort pour quatre coins de terre

 Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

L’écho de sa pensée chrétienne  s’entend encore chaque jour dans plusieurs églises de France où les proches d’un défunt choisissent ce merveilleux poème de Charles PEGUY qui, au-delà de persuader de la pérennité de l’âme de l’être aimé la rend proche et familière, dépouillée de l’appareil sinistre de la mort :

(Extrait)

La mort n’est rien, je suis simplement dans la pièce à côté

Je suis moi, vous êtes vous.

Que mon nom soit prononcé comme il l’a toujours été.

Le fil n’est pas coupé parce que je suis hors de votre vue.

Je vous attends, je ne suis pas loin

Juste de l’autre côté du chemin.

La  France qui sait parfois opposer un lourd silence du vivant d’un génie sait le remettre en plein jour le moment venu, pour servir d’exemple, et c’est là aussi son propre génie. Nous ne doutons pas que ce brave, ce visionnaire que fut Charles PEGUY connaîtra, en temps utile, un regain de faveur.

 Alfred MARMUS